Ma biographie

 

| entrée | accueil | exemple de biographie | mon parcours |
| votre biographie, pourquoi ?  | notre collaboration | édition | droits d'auteur, déontologie |
| mes tarifs | biographies de collectivités | biographie autobiographie | bannières |

| évaluation de manuscrit | correction, révision ou réécriture d'un manuscrit |

 

« Ma biographie » : blog de conseils pour écrire vous-même votre biographie

 

Exemples de biographies

 

Vous trouverez ci-dessous les extraits de neuf biographies aux styles fort différents. Pour d'évidentes raisons, je n'en ai pas dévoilé les titres. J'ai également modifié les prénoms, les noms des villes de résidence de mes clients ainsi que ceux des lieux et des personnes qu'ils évoquent afin de préserver leur anonymat.

 

Certains prennent la vie légèrement, d'autres moins. D'aucuns veulent du conventionnel ou s'en tenir aux faits, d'autres pas. Quelques-uns ne dédaignent pas la fantaisie ; pour d'autres chez qui la carrière professionnelle prime, le sérieux et un français irréprochable sont de rigueur, et rien de plus. Untel préfèrera prendre de la distance et me faire romancer ou réinterpréter poétiquement ses confidences.  La guerre peut être aussi l'axe d'une vie, etc.

 

Peut-être ne suis-je pas un biographe ordinaire...  Pour moi, à personnalités et expériences très différentes doivent correspondre des styles et des genres littéraires tout aussi différenciés. Je m'adapte à chaque personnalité de telle façon que les lecteurs – la famille, les amis – puissent penser : « Ah ça, c'est bien lui ! » Ou « elle », ça va de soi ... Ne pas oublier que je ne suis qu'un « Nègre pour inconnus », c'est-à-dire que vous serez l'auteur du texte qui sera en fait votre autobiographie.

1. BIOGRAPHIE DE ROBERT S., PARIS

(...) Débutait alors ce que l’histoire a appelé par la suite « l’exode ». Les Français ont alors commencé à se jeter sur les routes par millions pour fuir l’armée allemande. En mai et juin 1940, ce furent au total dix millions de Français – soit le quart de la population – et plusieurs millions de Belges qui ont pris la route, souvent d’ailleurs sans but et dans un chaos absolument indescriptible.

 

Sur notre route, c’était aussi la pagaille la plus totale. Nous roulions au milieu d’un flux ininterrompu de véhicules et d’attelages de toutes sortes : des familles tiraient ou poussaient des charrettes et des carrioles, d’autres circulaient dans de luxueuses limousines ou dans des voitures lourdement chargées. Les gens y avaient entassé des valises, des paquets et des cartons dans lesquels ils avaient réuni leurs affaires les plus vitales ainsi que des matelas qu’ils avaient arrimé sur le toit. Certains étaient même partis à bicyclette sur lesquelles ils avaient accroché des paquets bourrés du plus strict nécessaire. Des gens à pied traînaient derrière eux de petites remorques, quelquefois de fortune. Et parmi ceux qui marchaient à pied, il y avait des soldats en uniforme qui, eux aussi, fuyaient. Je ne me souviens pas avoir vu d’animaux, je veux dire de trait, c’étaient les personnes qui les remplaçaient... Et de cet épouvantable sauve-qui-peut généralisé, il montait des cris et des pleurs à n’en plus finir. J’ai vu des gens mourir, d’autres qui étaient malades ou tellement fatigués qu'ils ne pouvaient plus avancer. J’ai vu aussi des femmes accoucher sur le bord de la route... Que pouvions-nous faire ? À certains moments nous aidions, à d’autres nous ne pouvions qu’être des témoins impuissants. Que de tristesse et de désarroi pouvait-on lire dans les regards !

 

À ce moment-là, j’ai commencé à prendre conscience de la gravité de la situation. Certes, je ne pouvais toujours pas la qualifier d’exode mais je comprenais parfaitement qu’elle était exceptionnelle. Il y a eu aussi des réactions hostiles de pauvres hères envers ceux qui fuyaient en voitures de luxe. Les embouteillages créés par la fuite de tant de monde en même temps étaient bien pires que les week-ends de la Pentecôte aujourd’hui. On avançait plus lentement encore qu’un homme au pas, peut-être à un ou deux kilomètres à l’heure de moyenne. En une journée, nous ne pouvions progresser que d’à peine dix kilomètres.

 

Et très vite, on a vu sur le bas-côté des voitures abandonnées pour cause de panne d’essence. Comme on avançait par à-coups de deux ou trois mètres et qu’on s’arrêtait souvent pendant cinq minutes voire plus, on ne pouvait pas couper le moteur et le rallumer à chaque fois.  Au ralenti, on continuait donc à consommer de l’essence, et pour certains qui n’avaient pu s’en ravitailler, jusqu’à la panne. On aidait les propriétaires des voitures à sec à les pousser dans le fossé ou sur le talus qui bordait la route. Eux y ramassaient ce qu’ils pouvaient et continuaient leur route à pied.

 

Nous avancions si lentement qu’il m’arrivait de descendre du camion pour marcher à côté ou pour le suivre. La misérable colonne était si dense qu’on s’y bousculait et que j’avais de la peine à m’y frayer un chemin. Compte tenu de la chaleur qui régnait dans la cabine, il était encore préférable de la subir à l’air libre. À quinze ans, j’avais besoin aussi de me dégourdir les jambes. À plusieurs reprises, l’état du pot d’échappement m’avait inquiété. Il était d’un rouge incandescent et grésillait et pétaradait tant et plus. Chaque fois que j’en ai prévenu  le chauffeur, il me répondait : « Ça fait rien, ça fait rien, allez monte ! »

 

Comme il y avait des maisons ou des fermes abandonnées, nous y dormions la plupart du temps. On en trouvait pratiquement tous les trois ou quatre kilomètres. Et dans les fermes habitées, les paysans nous logeaient après nous avoir installé des lits de camps ou des matelas. Souvent, ils nous offraient une soupe ou une bonne bolée de lait ou même parfois de cidre. On mangeait et on buvait ce qu’on nous offrait.

 

Nous avons eu au moins la chance de ne pas nous faire canarder à la mitrailleuse par les Stukas allemands, ce qui n’a pas été le cas de beaucoup d’autres Français qui ont vécu cet exode dans d’autres régions. (...)

 

 Possibilité d'interviews
en visioconférence

Biographie - Interviews par visioconférence Skype

 

2. BIOGRAPHIE DE Catherine M., Versailles

 

(...) Certain soirs, mon Luc, à la vingtième heure, quand je suis assise devant le chaos du monde et que je vois tes frères et tes sœurs en infortune ou que l'on parle d’eux, je pense à toi, je pense à toi qui n’es plus là. Et eux, ils sont là et peut-être que bientôt... Et puis j’éteins le monde et je vais me coucher. Et dans le lit, je me dis : « Il a su faire front à toutes ces souffrances du corps et de l’âme sans jamais se plaindre. C’était décidément un homme, mon Luc. Et je parviens à oublier le chaos du monde et je m’endors.

 

Quand il commence à pleuvoir trop fort en mon cœur, je regarde encore et encore vers le Ciel et j'entends la Vie m'appeler. Tu es parti trop tôt et moi je suis loin d'être cassée par les ans, aussi j'ai tant à faire que c'est à peine si je touche terre : j'ai tant à faire dans la maison, aux Restos du cœur, auprès des vieilles gens, comme mamie conteuse et surtout à la paroisse.

 

Ce jour-là, mon Luc, tu t'es arrêté ; mais moi j'irai plus loin : j'irai jusqu'au bout de mes nuits, jusqu'au bout de l'amour. Et puis je sais que tu m'as quittée, mais ce n'est pas pour l'éternité. Alors, que deviendront bientôt ces larmes que je ne verserai plus ?

 

Entends notre toute petite,  ô mon Luc ! Elle ne te connaît pas, mais elle sait dire « Papy Luc ». Avec Bénédicte, nous lui parlons de toi. Avec elle, le gris du ciel devient presque bleu. Il devient presque bleu comme un jour de bleuets, le gris de mon ciel.  Elle est la nouvelle et immense lumière qui illuminera encore ma vie lorsqu'en viendra le soir. 

 

Ce qui rend aussi le poids de mes jours un peu plus léger, ce sont les romans historiques, les romans d'amour et toujours les mots croisés. Ou bien même, quelquefois, je pars pour revivre notre amour en musique. Que de poésie dans cette chanson de Félix Leclerc toute pareille à notre amour ! Si je devais chanter notre rencontre, je chanterais sans aucun doute son Petit Bonheur, un tout petit peu arrangé à ma façon :

C’était un petit bonheur que j’avais rencontré
Il était tout en pleurs sur le bord du fossé
Quand il m’a vu passer, il s’est mis à crier
Madame ramassez-moi, chez vous emmenez-moi

Mes Pères, mes Frères, mes Fils m’ont oubliés,
Je suis tombé, je suis malade
Si vous ne me cueillez point,  je vais mourir quelle balade
Je me ferai petit, tendre et gentil, je vous le jure
Madame, je vous en prie, délivrez moi de ma torture

J’ai pris le p’tit bonheur, l’ai mis sous mes haillons
J’ai dit : faut pas qu’il meure, viens donc dans ma maison
Alors le p’tit bonheur a fait sa guérison
Sur le bord de mon cœur, y avait une chanson
Mon bonheur a fleuri, il a fait des bourgeons

C’était le paradis, ça se voyait sur mon front

Mais un triste matin, il y eut du chagrin
Mon bonheur est parti en me donnant la main

 Perdre son compagnon ou sa compagne,  c'est vraiment la pire des choses qui puisse nous arriver. À ceux qui sont ensemble aujourd'hui, je veux encore dire ces simples mots : vous ne connaissez pas votre chance ; la plus grande richesse, c'est d'être ensemble. Oui, voilà la plus grande richesse ; quand on s'entend, bien sûr. Je ne sais ce qu'il en est pour ceux qui se font prendre aux pièges de l'amour, qui se perdent à se déchirer et qui font claquer les portes. Si vous savez aimer, il vous aimera comme il nous a aimé, l'amour.

 

Je reste au bout de son chemin comme une île déserte, mais par la force que me donne le Seigneur et la Vie qui est en moi, je peux encore attendre pour partir, je ne suis pas pressée. À tant chanter l'espoir, j'ai retrouvé la joie. Alors, à quitter ces rivages, je m'en irai sereine comme matin de rosée. Et une fois Là-Haut, je le sais, je guérirai du mal d'aimer.

 

Il y a près de dix ans maintenant, la mort a marché sur ma vie. Mais le souvenir de toi, mon Luc, lui, jamais ne se mourra. Car il restera toujours la musique de mes mots.

 

 Jusqu’à ce petit livre, personne n’a jamais pu voler mes secrets. Je les ai toujours bien gardés derrière mes volets. Ils sont désormais pour vous, mes enfants, pour Luc et Bénédicte, pour toi ma toute petite, et pour toi aussi lecteur. Ma plume vous les porte comme un bouquet d’espoir, comme un cadeau de lune sous le sapin blanc. Et lorsque j’irai avec les anges, à l’heure où mon cœur pourra enfin se reposer dans le jardin de pierres, qu’elle vous soit comme un soleil ma musique de mots, celle que j’ai composée pour vous tous et pour mon homme, mon Luc, mon ami de toujours, mon amour. 

 

3. BIOGRAPHIE DE GIANCARLO E., ROUEN

 

Il s’appelait Dino Esposito. Pour comprendre l’homme dans la suite de ses jours, il faut d’abord faire venir le père à la connaissance du monde. De son prénom Giulio, ce fut lui qui façonna l’enfance de Dino. 

 

D’un orgueil avide et âpre à déconcerter une brosse de chiendent, aimant à triturer tout à la fois l’injurieux, l’avilissant, le cynique, le péremptoire et le brutal, le patriarche était une espèce d’hybride de la buse et du chameau et qui éleva le garçon plus qu’à la dure. Sa mère, Graziella, d’une angélique douceur, n’eut point tellement voix au chapitre tant Giulio s’était arrogé tous les pouvoirs à la manière d’un dictateur.

 

De fortune épaisse et grasse qu’il avait bâtie à chaux et à ciment, il était avant tout un héros du travail et du capital et qui possédait bien évidemment le vice intermédiaire : l’esprit de coffre-fort, allant jusqu’à nourrir une horreur profonde pour tout ce qui n’était pas espèces, billets, actions au porteur ou titres de propriété. 

 

Quatre valeurs cardinales gouvernaient tout son être : qu’une femme ne dût pas travailler était pour lui tout à fait insuffisant ; il y ajoutait qu’elle n’en était pas digne. Comme autres valeurs mille fois répétées dans la famille, on pouvait s’instruire auprès de lui sur le fait que les avocats sont tous des escrocs, les psychologues des charlatans, qu’un homme ne doit pas s’intéresser à l’art, lequel est fait pour les femmes et ne peut être que nuisible à la société ; et qu’enfin seuls les entrepreneurs sont utiles à celle-ci, tous apophtegmes dont revient au lecteur le soin de juger de la pertinence ou non de l’un ou de l’autre car on ne saurait éliminer la petite dose de sagesse qui réside en la folie sans faire injure à la vérité. À quelque question qu’on lui posât sur de tels sujets, son infaillibilité de pape du logis ne s’encombrait point d’arguments et lui faisait invariablement répondre : « Beh, è cosi! » Et comme un roi, il n’aurait eu qu’à dire « Nous voulons » pour qu’on s’exécutât sur-le-champ. Quant au conseil de famille, il savait se le tenir à lui tout seul.

 

Le caractère brutal de son autorité, l’arbitraire de ses décisions, la rigueur des peines et des châtiments dont il usait envers ses enfants, et tout particulièrement envers Dino, le cadet, l’emploi de la contrainte pour dompter sa conscience marqueront ce dernier à jamais. Toute la maison tremblait à la seule idée des coups que savait distribuer ce frappeur impénitent. Il exerçait une autocratie sans contrepoids, se glorifiant de dresser son fils à la ceinture tout comme Cipolla maniait le fouet pour rendre son public docile. (...)

 

4. BIOGRAPHIE DE Laurent M., Paris


La mère m’a précipité au milieu des tourments du monde un peu plus de trois années après les seconds soldats. Je ne me souviens de rien.

 

J’ai grandi de triste jeunesse, toute rongée d’angoisse et de noire solitude. J’y ai vu tant de matins tout pareils à des nuits. Le père m'avait donné son nom mais ceux à la mémoire tenace ont été ses noms d'oiseaux. Pour le premier, je n’eus rien à débourser, c’est ainsi : on donne son nom, c’est gratuit. Mais dans la suite de mon temps, il n’en a pas été de même pour les seconds, je parle encore des noms dont on affuble les espèces volatiles. Là, j’ai payé plus qu’il ne fallait. Au-dessus de mon lit, Jésus-Christ en croix lui-même me disait : « Tu n’es qu’un raté ! »

 

Bien avant, le père avait eu sa gloire en capital, mais c’était compter sans ses effondrements. Quant à la mère, elle n’a jamais craint l’esclavage. Je n’ai point fait le lapin mécanique avec ceux de mon âge. Peut-être aurais-je dû. Dans la vie laborieuse, je suis parti comme un mensonge à moi-même. C’est que le père m'avait passé sa fièvre d'industrie et ses démangeaisons de bénéfices. C’était dans mes vingt ans.

 

Du temps de mon aveuglement et de la vanité de ma jeunesse, je m’étais dit : « Je serai riche ! » Et ainsi suis-je devenu en travaillant de mains sales, puis très vite d’une tête à compter les recettes. Pourtant, j’ai toujours détesté le chiffre et la mathématique. Certes, je n’ai jamais accédé à la richesse des riches dont on parle au Journal des crédules sur les écrans à louanges des gras de la fortune, mais je suis devenu un peu riche tout de même. C’est que moi aussi j’ai tiré du profit de la sueur des malheureux. Et je n’avais pas honte de me pavaner en carrosse à moteur devant ceux qui souffraient la misère. Au contraire, j’en étais fier.

 

Un jour, l’un deux qui était venu de Lusitanie pour trouver son pain a forcé la porte du lieu où je m’extasiais sur la colonne de mes crédits et il m’a dit : « Marchand de viande ! Ma pauvre fille peine à la tâche que tu lui donnes et elle gémit tout le jour ; mais elle ne reçoit de toi qu’une aumône. Comment n’as-tu point honte de toi-même ? » Il avait raison, ce Lusitanien.

 

Puis est venu l'heure où l’amour de l’épousée m’a quitté. Voici ce qu’elle m’a dit : « Tu n’es pas assez riche et ton corps n’est pas aussi beau que le corps de celui que j’aime. Et ton corps ne fait pas chanter mon corps comme le fait le corps de celui que j’aime. » Voilà ce que m’a dit la femme que j’aimais. J’ai tant pleuré alors, comme un enfant perdu, abandonné. Puis elle m’a dit : « Je pars vers le lit de mes jouissances. Allez, salut, bon vent ! » Ce fut un ouragan. J’ai dès lors été atteint d’une grave infirmité motrice de la calculette.

 

J’ai longtemps été faible et désuni alors que je semblais de roc. Longtemps aussi, je n’eus pas l’heur de pratiquer commerce avec les séraphins ni les anges du ciel. La chair était vive et l’esprit endormi. Du temps de mon aveuglement et de la vanité de ma jeunesse, j’étais dans les plaisirs jusqu’à les user tous. Il faut dire aussi que j’avais trouvé sous mes pas tant d’objets nécessaires au prolongement de ma personne, à commencer par mon coupé noir à vitesse pharaonique et vitres teintées d’ébène. Lors, je suis devenu d’argile et de sable, mais surtout de boue. Seul et nu dans ma nuit, cherchant des nullités pour peupler mon néant, de mon séjour d’alors fait de meubles exotiques et de tapis d’orient tout tissés à la main, leur lançais des nuits roses aux parfums de sambas de Copacabana. Et nous étions heureux, tout au moins le croyions dans nos figures de plâtre et de vanités d’or.

 

Pourtant, j’avais longtemps ardemment désiré autre chose, mais sans savoir vraiment quoi. (...)

 

5. BIOGRAPHIE D'Adrien P., Bruxelles

 

(...) Mme la comtesse de la Barre d’Erquelinnes elle-même adorait laisser traîner son oreille à écouter ses saillies contre les politiciens corrompus, les bourgeois égoïstes et même contre sa propre caste : « Ce garçon est tout simplement délicieux, j’adore son petit air canaille, il a de ces reparties ! On en fera un Talleyrand, son nom grandira dans l’histoire, je vous le promets ! » avait-elle dit un jour. N’étant pas dur lisard, Adrien ne connaissait rien d’autre de Talleyrand que son nom. Sainte-Beuve l’eût-il mieux instruit, il aurait certainement répondu : « Non pas un diable boiteux, chère comtesse, plutôt un bon docteur Schweitzer, si vous voulez bien me le permettre ! » Car à cette époque, déjà, comme il a été dit, le management, la gestion financière ou même la politique vers lesquels la plupart de ses copains allaient s’engager et où il se sentait entraîné malgré lui commençaient à lui donner le bourdon. Lui, ce qu’il voulait, c’était une vie au service des autres.

 

Il avait même osé glisser dans certaines de ses improvisations les plus sérieuses concernant son avenir professionnel des petites phrases comme « Je l’ai promis au roi » ou bien « C’est Dieu qui le veut ». Et comme il n’y avait rien sur Terre dont il ne semblât capable de s’acquitter, la comtesse le considérait même comme un nouveau Rastignac en voie de passage imminent de la graine à la pousse. 

 

Cependant, elle n’alla pas jusqu’à jeter Eurydice dans ses bras, peut-être parce qu’elle n’était pas tout à fait certaine que sa fille, de nature bien trop frêle et délicate, pût toujours s’accommoder de ce qu’elle pressentait comme la vigueur du tempérament du garçon mais surtout parce qu’à un certain moment, elle apprit qu’il en pinçait pour une jeune apprentie voluptueuse prénommée Guillemette, baronesse de son état, qui, de son côté, avait su montrer à Adrien tout l’intérêt qu’elle éprouvait pour des cuisses  d’individu capable de faire mordre le gazon de ses putains de plaquages à n’importe quel autre colosse. Allez donc ne pas aimer sur l’heure et passionnément une créature qui vous prend pour Hercule ? Il va sans dire qu’auparavant Adrien avait déjà appris à embrasser, on ne sait d’ailleurs comment.

 

En avril 1984, lors d’une réédition de l’une de ces éblouissantes soirées, ils parvinrent à se parler un peu plus profondément seul à seul de la langue et des yeux.

 

La Guillemette était loin d’avoir vocation pour devenir fille du Carmel. C’était un brin de jeunette à peine fessue mais à tétons prometteurs et toujours fagotée sublime, la poulette de luxe dont rêvaient les solitudes de l’adolescent. Il aurait bien voulu la frôler du bec, lui caresser l’aile et le jabot, la serrer tout crue contre lui. Il eut à peine le temps de commencer à la pourchasser.

 

Le week-end suivant, alors qu’il avait tiré un plan pour lui roucouler ses romances dans une discrète petite boutique de la rue au Beurre, à Bruxelles, près de la Grand-Place, et qu’il l’y attendait attablé devant un chocolat et un bocal de spéculoos en pâte à tartiner – son péché mignon –, point de Guillemette. Ce fut le papa qui vint s’asseoir en face de lui. Aïe ! (...)

 

6. BIOGRAPHIE DE Renata W., Berlin

 

(...) Nous nous déplacions toujours à vélo. Et puis, étant en Silésie, nous pouvions compter sur le fait que les avions ennemis n’avaient pas suffisamment d’autonomie d’essence pour nous frapper et retourner en Angleterre. La guerre était donc assez lointaine. La Pologne avait été vaincue dans les premières semaines, suivie par la France en 1940. Ce fut une grande satisfaction après les humiliations de  1918.

 

Gert disparut la même année 1940. Papi, lui, rentra en permission des Balkans au printemps 1941. Il était accompagné d’un très joli petit âne qu’il avait acquis sur un marché de Bulgarie et que l’armée lui avait transporté. Nous ignorions à cette époque qu’il était en fait en route pour le front de l’est, une aventure aussi périlleuse que redoutée malgré les victoires fulgurantes du début.

 

Ayant été depuis toujours allergique à tout embrigadement, à Breslau, pendant assez longtemps, j’ai séché les jours de « service » hebdomadaire des Jeunesses hitlériennes. J’avais prétexté attendre le transfert de mon ancienne adresse. Ma finasserie a parfaitement fonctionné, ce qui me fait penser aujourd’hui que l’organisation nazie n’était pas des plus exemplaires, comme on le croit généralement. (...)

 

7. BIOGRAPHIE D'Anousha S., Nice

 

(...) Je ne fais pas partie des personnes qui découvrent les choses dans les livres, mais plutôt par la vie, par mes rencontres. Je suis curieuse des autres et m’intéresse à la nature humaine, au vrai, aux émotions. Et quoi de mieux qu’un parfum pour créer des émotions ?... Un parfum, c’est exactement comme la madeleine de Proust : il détient le l'extraordinaire pouvoir de garder et de fouiller la mémoire et donc de créer les émotions les plus intenses.  Et c’est pour cette raison que j'ai baptisé mon dernier parfum xxxxxxx

 

Le parfum possède nombre de vertus. La première d’entre elles, c’est qu’il apaise. Il met à mal toutes les résistances, il les brise immédiatement, il brise les murs. C’est réellement un pont, un moyen subtil d’aller à la rencontre de l’Autre. On ne trompe pas avec un parfum. Le parfum, c’est comme la musique, il adoucit les mœurs, il s’infiltre jusqu’au plus profond des âmes. On pourrait peut-être s’en servir en politique ou dans les relations diplomatiques... 

 

Je suis persuadée que le parfum possède également le pouvoir de guérir du mal de vivre, d’un certain mal-être. S’habiller d’un bon parfum le matin et sentir son effluve peut parfaitement redonner le goût de vivre à celui ou celle qui l’avait perdu, j’en connais des exemples. On se sent redevenir un être humain, un Homme, avec un grand H. Un parfum, s’il est bien choisi, apporte de la vie. Je ne crains pas de dire qu’il possède des vertus thérapeutiques. Et puis, au Moyen-Orient, une femme voilée se dévoile avec son parfum... Un parfum procède en même temps de la nature et de la culture ; et voilà probablement pourquoi je m’y suis intéressée très tôt.

 

Culturellement, les Français sont plutôt attirés par le musc. Aux orientaux, il faut des choses fortes, des matières riches mais aussi et peut-être surtout que l’ensemble soit très raffiné. (...)

 

8. BIOGRAPHIE DE Jacques  F., MALAKOFF

 

(...) Les jours de juiverie comme le shabbat et Yom Kippour, je les respecte plus ou moins, d’ailleurs plutôt moins que plus. La religion oui, mais le saucisson c’est tout aussi bon ! Quant au jeûne, j’y souscris aussi volontiers, mais très modérément également, le plus souvent à raison d’une assiette de cochonailles ou d’un bon gigot pour me caler les joues si jamais j’entends que ça gargouille. Par contre, le jeûne de la parole et celui des mots qui courent sur le papier me sont tout à fait étrangers.

 

Et puis je sais lire dans la Torah, moi ! Et il dit ceci, ce bon Job, dans la Torah : « Souviens-toi que ma vie est un souffle ! Mes yeux ne reverront pas le bonheur. L’œil qui me regarde ne me regardera plus ; ton œil me cherchera, et je ne serai plus. Comme la nuée se dissipe et s’en va, celui qui descend au séjour des morts ne remontera pas. Il ne reviendra plus dans sa maison. Et le lieu qu’il habitait ne le connaîtra plus. »  Le Juste a parlé. Job est vraiment le meilleur homme que je connaisse, et surtout le plus réjouissant.

 

Je suis un caméléon, qui plus est à géométrie variable et selon le temps qu’il fait. Tout comme les juifs roumains se sont adaptés aux Roumains pour mieux rouler les autres, j’ai toujours su m’adapter aux juifs de mon entourage, comme par exemple lors de Bar Mitsvah, de circoncisions ou de fêtes de mariages auxquelles j’étais invité. Toute ma famille et mes amis savent que je n’y manque jamais une occasion d’y aller des merveilleux chants sacrés que je tiens de prophètes bien français qui ne figurent donc pas au catalogue de la Torah, tel, par exemple, feu le Maurice de Paris dans son Appelez ça comme vous voulez  :

Du blé, du fric, de l'aubert, de la braise
Des picaillons, du flouze ou bien du pèze
Et appelez ça comme vous voulez, moi j'm'en fous
Pourvu qu'j'en aie toujours plein les poches
Plein les profondes, les fouilles et le morlingue
Pour que mézigue ait d'badours petites fringues
Et appelez ça comme vous voulez, moi j'm'en fous
Tout c'que j'veux, c'est d'avoir malgré tout

Mais toujours modérément, ça va de soi. Faut bien manger, non ?... Et on ne peut pas sortir tout nu dans la rue.

 

D’ailleurs, l’exquise et délicate poésie d’Appelez ça comme vous voulez contient d’autres charmants couplets qui touchent à bien des domaines de la vie. Aussi, j’en émaillerai de temps en temps mon récit par la suite.

 

Et puis leur décret selon lequel on ne doit manger que des poissons à écailles et des bestioles à sabots fendus, qu’est que c’est que ça ? À quoi ça rime ? À réformer, ça aussi ! Moi, du crabe et des calamars, j’en mange parce que c’est bon, tout comme le saucisson. J’en ai rien à cirer de leurs histoires ! La vie est trop courte pour ça.

 

Briffer, becqueter, s'empiffrer le cornet
Se cogner l'tronc, s'en mettre plein les trous d'nez
Et appelez ça comme vous voulez, moi j'm'en fous
Je m'débine car c'est l'heure de la croûte
Trisser, calter, se barrer en lousdoc
Carguer la voile et hisser le grand foc
Appelez ça comme vous voulez, moi j'm'en fous
Tout c'que j'veux, c'est d'bien me taper l'chou

 

À propos de Job encore et s’il existe des esprits tortueux pour penser ou pour dire que j’aurais renié Adonaï, je préfère porter à leur connaissance et à celle de tous les rabbins de la Terre que le diable ne m’a jamais envoyé d’Éliphaz de Teman, de Bildad de Schuach, encore moins de Tsophar de Naama et que si jamais il s’y risquait, je connais aussi la formule magique pour tous les envoyer aux pelotes, leur patron compris. (...)

 

9. BIOGRAPHIE D'HERVÉ D., PARIS

 

(...) Dans ma solitude et mon désespoir, il me fallut trouver quelqu’un à qui confier ma douleur sans craindre de montrer la nudité de mon âme. Je me souvins du père Lefebvre et allai le trouver à Fénelon. Il me reçut dans son bureau. Il m'écouta avec attention jusqu’au bout et sans dire un mot, sans porter le moindre jugement sur mes excès. Des sanglots dans la voix, je lui parlai longuement de la mort de mon père, de Ludmilla, de notre brouille, de la rupture, de ma déchirure, du dérèglement de ma vie et lui dis que c’était trop en si peu de temps et que je n’en pouvais plus. Et le sang de mon âme qui continuait à couler finit par dire au père Lefebvre : « C’est ma vie, mon père, c’est ma vie qui est partie ! »

 

Le père Lefebvre observa un long silence et me dit :

— Dis-moi Hervé, tu as perdu ton père, tu me parles de Ludmilla, je comprends bien… Mais ta mère ?... Tu as bien une mère, n’est-ce pas ?

Je parvins un peu à me ressaisir et séchai mes larmes :

— Bien sûr que j’ai une mère !

— Tu n’en parles jamais, Hervé… Elle ne t’a rien donné ?...

— Mais qu’est-ce que ma mère vient faire ici ? Je comprends pas mon père, qu’est-ce que vous voulez dire ?

— Demandez et l’on vous donnera, cherchez et vous trouverez, frappez et l’on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, et l’on ouvrira à qui frappe…

  C’est l’Évangile ça mon père, non ?

  Saint Matthieu. Car on donnera à celui qui a et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas on ôtera même ce qu’il a…

 

— Hervé, écoute-moi… Si tu ne frappes pas à la porte, on ne te fera pas entrer. Regarde, tu es ici, je t’ai ouvert, n’est-ce pas ?

— Oui.

— Et si on ne te répond pas tout de suite, frappe encore. Il y a toujours quelqu’un dans la maison. Si tu ne demandes rien, on ne te donnera rien… Tu ne trouveras rien si tu ne cherches pas. Tout commence par des questions, Hervé. Adresse-les au Seigneur et il te répondra…

— …

— Rentre chez toi maintenant, finit par me dire l’aumônier en me regardant intensément dans les yeux. Puis il se leva, ouvrit la porte et me fit comprendre qu’il n’en dirait pas plus. Et lorsque j'allais quitter son bureau, il me gratifia d’un large sourire. J'étais assommé. Qu’est-ce que le père avait voulu me dire ? (...)

 

 

     

Membre du réseau

Nègres pour inconnus

| entrée | accueil | exemple de biographie | mon parcours |
| votre biographie, pourquoi ?  | notre collaboration | édition | droits d'auteur, déontologie |
| mes tarifs | biographies de collectivités | biographie autobiographie | bannières |

| correction, révision ou réécriture d'un manuscrit existant

Contact : Philippe Costa
Tél. : 06 56 73 40 30
Philippe Costa, biographe
Pour m'éviter les courriers indésirables, l'adresse est sous forme d'image.
Merci de la recopier.
SIRET 304 388 440 00030

Date de publication : 12 décembre 2006
Dernière révision : samedi 2 mai 2015
Copyright © Artistes Associés 2006-2015. Tous droits réservés.

 WebAnalytics